Les poinçons en Suisse du 16ème siècle à nos jours

Avant de vendre ou d’acheter, grâce aux poinçons, découvrez tout ce qui concerne une montre, un bijou, ou tout autre objet produit en Suisse : son époque de création, son lieu exact de fabrication etc.

Achat & Vente

Préambule

La Suisse est un état où plusieurs cultures et langues sont entremêlées. Sur ce plan on peut définir trois grands territoires : la Suisse Alémanique, où la langue dominante est l’Allemand, la Suisse Romande où le Français est le plus employé, puis la Suisse Italienne où, comme son nom l’indique, l’italien est la langue usuelle (la langue Romanche est également présente mais sur des zones plus éclatées).

L’influences de ces langues et cultures ont eu un impact sur l’administration de ce pays, et cela se retrouve dans le marquage des objets en métal précieux.



Confédération Suisse des XIII Cantons

La Suisse était découpée par canton, à chaque canton correspondait une capitale régionale.

Il est important de souligner que les cantons étaient administrativement indépendants. Des accords les unissaient, mais ils étaient complètement autonomes et ils avaient leur propre monnaie, leur propre système de marquage, etc.

La Suisse n’était alors pas un état fédéral (par exemple : pour la période du 14ème siècle, les historiens nomment la Suisse « Confédération des 8 Cantons » et pour la période du 16ème siècle, « Confédération des 13 Cantons »).

Carte de la Confédération des 13 Cantons

Carte suisse des 13 cantons et de leurs alliées - 18ème siècle
Carte suisse des 13 cantons et de leurs alliées
18ème siècle

Exemple de poinçons suisses lors de la Confédération des 13 Cantons

Poinçon "Ours Passant" Confédération Suisse 16ème siècle (Suisse)
Poinçon “Ours Passant”
Apposé sous la Confédération Suisse au 16ème siècle

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Poinçon "Aigle Impérial" Confédération Suisse 16ème siècle (Suisse)
Poinçon “Aigle Impérial”
Apposé sous la Confédération Suisse au 16ème siècle

 

Poinçon "Tête de bélier" Confédération Suisse 16ème siècle (Suisse)
Poinçon “Tête de bélier”
Apposé sous la Confédération Suisse au 16ème siècle

Le « löthige » et le « denier »

Il n’est donc pas étonnant que le contrôle et le marquage des objets en métal précieux aie pu grandement varier d’un canton à un autre, la plus grande différence se trouvant dans la façon de mesurer le titre d’un métal précieux.

Le « löthige », et le « denier » sont deux anciennes unités de mesure qui ont été employées pour indiquer la pureté d’un métal précieux.
– Le « löthige » était utilisé dans les pays à culture Germanique, notamment l’Allemagne, la Prusse, et l’Autriche.
– Le « denier » provient de l’unité de mesure française.

Pour illustrer le fonctionnement de ce système de contrôle des métaux précieux, et bien que cela ne soit pas aussi clairement défini, nous partons du postulat que :
– dans ce qui constitue la Suisse Romande actuelle, c’était le denier qui était employé
– dans le reste de la Suisse, notamment Alémanique, c’était le « löthige ».

Note :

L’arrivé des français marquera la fin de ces unités de mesure qui seront remplacées par la subdivision en millièmes.

Pour plus d’informations sur le löthige, nous vous conseillons de consulter notre table de conversion.

Les poinçons de ville

Jusqu’à l’occupation française (fin du 18ème et début du 19ème siècle), sur chaque objet en métal précieux devait figurer l’héraldique de la ville, indiquant que le contrôle de l’objet avait été effectué, mais surtout que les impôts s’y afférent avaient bien été acquittés.

Ces poinçons de ville sont des éléments indispensables pour trouver l’origine de fabrication de l’objet.

Leurs spécificités

– Au cours des siècles, le graphisme de ces poinçons a souvent été modifié.
– De même, l’héraldique de la ville pouvait subir de profonde transformations, voire être changée.
– Sans compter des héraldiques qui peuvent être très semblables, alors qu’il peut s’agir de villes assez éloignées, se trouvant dans des cantons différents.

Donc, en plus d’indiquer le lieu de fabrication d’un objet, les spécificités des poinçons de ville permettent d’en définir la période.

Poinçons de villes suisses (exemple)

Exemple de poinçons de la ville de Winterthour à deux époques différentes :

Poinçon "Majuscule W" de la ville de Winterthour (Suisse)
Poinçon “Majuscule W”.
Apposé à la ville de Winterthour Suisse

 

Exemple de poinçons des villes de Berne et de Will avec le motif “Ours” :

Poinçon "Ours Debout" de la ville d'Appenzell (Suisse)
Poinçon “Ours Debout”.
Apposé à la ville d’Appenzell Suisse

 

Liste des villes

Les noms de villes indiqués ci-dessous sont ceux qui sont actuellement utilisés. De même, les cantons (ou arrondissements) correspondent au découpage administratif de la Suisse contemporaine.

Tables des villes suisses et leurs cantons

Villes

Cantons

Districts

(ou arrondissements)

Appenzell Appenzell Rhodes-Intérieures
Baden Argovie Baden
Bâle Bâle-Ville
Berne Berne
Berthoud Berne Emmental
Bienne Berne Bienne
Bremgarten Argovie Bremgarten
Coire Grisons Plessur
Einsiedeln Schwytz Einsiedeln
Estavayer-le-Lac Fribourg Broye
Fribourg Fribourg Sarine
Genève Genève
Glaris Glaris
Hérisau Appenzell Rhodes-Extérieures
La Neuveville Berne Jura Bernois
Lausanne Vaud Lausanne
Lichtensteig Saint-Gall Toggenburg
Lucerne Lucerne
Morat Fribourg Lac
Neuchâtel Neuchâtel Neuchâtel
Oberuzwil Saint-Gall Wil
Ormont-Dessus Vaud Aigle
Payerne Vaud Broye-Vully
Rapperswil-Jona Saint-Gall See-Gaster
Rorschach Saint-Gall Rorschach
Saas-Fee Valais Viège
Saint-Gall Saint-Gall
Schaffhouse Schaffhouse
Schwytz Schwytz
Sion Valais
Soleure Soleure
Stans Nidwald
Sursée Sursée
Thoune Berne
Uri Uri
Vevey Vaud Riviera-Pays-d’Enhaut
Wil Saint-Gall Wil
Winterthour Zurich
Zofingue Argovie Zofingen
Zoug Zoug
Zurich Zurich

 

Note :

Dans les fiches signalétiques de chaque poinçon, nous indiquons les noms des villes dans les langues principalement utilisées en Suisse.

De même, si au fil des siècles le nom d’une ville a changé, les anciennes appellations sont également présentes.



République Helvétique (Napoléon)

A partir de 1792, la nouvelle République Française annexe l’évêché de Bâle ainsi que les districts de Porrentruy et Delémont. Cet ensemble formera un nouveau département français connu sous le nom de « Mont-Terrible ».

En 1793, la Principauté de Montbéliard sera également prise par la France. Tout d’abord intégrée au département de Haute-Saône, en 1797, elle sera incluse au département du « Mont-Terrible ». En 1800, ce département sera rattaché au Haut-Rhin.

Note :

Les cantons suisses intégrés à la France par leur rattachement au département du « Mont-Terrible », sont :

Saint Ursanne, Epauvillers, Gicques, Gloviliers, Moutiers, Delémont, Lauffont, Reynach, Courol, Damphieux, Chenevez, Dessedans, Saint-Imier, Courtelary, Seigne-Légier, Saint-Brais, Mailleray, Bienne et La Neuville.

En 1798, les français attaquent Berne ainsi que le canton de Vaud et envahissent le reste de la Suisse. Genève fera partie du département du Léman (ce dernier englobait Chablais, Faucigny et le Pays de Gex).

Carte Confédération Helvétique (sous Napoléon)

Carte de la République Helvétique - 1802
Carte de la République Helvétique
Frontières conformes à la constitution helvétique du 25 mai 1802

L’administration française de la Suisse

C’est dans ce contexte que, le 6 janvier 1799, seront ouverts deux bureaux de garantie français de contrôle des métaux précieux. L’un sera basé à Saint-Imier (canton de Berne) et l’autre à Porrentruy. Ce dernier sera fermé le 26 avril 1799 (remplacé par celui de Montbéliard).

À la fin de l’année 1806, un Bureau de Garantie sera ouvert à Genève.

L’occupation française de la Suisse prendra fin en avril 1814.

Note :

La Suisse est alors profondément changée culturellement et administrativement :

– Les cantons ne sont plus des entités administratives indépendantes utilisant leur propre monnaie, mais le Franc Suisse est en vigueur dans tout le pays.

– En outre, les unités de mesure en carat et en millième sont adoptées.

– Calqué sur le fonctionnement des Bureaux de Garantie français, la Suisse va établir son propre système de contrôle des objets d’argenterie, d’orfèvrerie et d’horlogerie.



Confédération Helvétique actuelle

À partir de 1815, la Suisse trouve une unité complètement indépendante d’influence extérieure. Son territoire sera alors découpé en 22 cantons.

Carte de la Suisse

Carte de la Suisse avec les cantons actuels
Carte de la Suisse
Avec les cantons actuels

Exemple de poinçons suisses

Les poinçons seront encore spécifiques à chaque canton, notamment Genève et Neuchâtel.

Mais des poinçons nationaux voient le jour, et notamment des poinçons dit d’« Essayeur » ou d’« Essai ».

Poinçon d'essai suisse "Tête de cheval" 2ème titre
Poinçon d’essai suisse “Tête de cheval” 2ème titre.
Apposé sur l’ensemble du territoire de la Confédération Helvétique.

À certains moments de cette période, des poinçons spécifiques à l’horlogerie et à la bijouterie seront créés.

Horlogerie et bijouterie loi de 1881

En 1881, le marquage des métaux précieux évolue, notamment avec la mise en place d’une nouvelle législation.

Cette dernière apporte une refonte complète du système de contrôle.

Les six points principaux de cette législation :
1- Généralisation des poinçons nationaux

2- Mise en place de « Différent » afin d’identifier le Bureau de Garantie qui a apposé le poinçon.
– Comme dans de nombreux pays, ce système de marquage permet de savoir où le contrôle de l’objet a été effectué, sans l’obligation de créer des poinçons spécifiques à une ville ou une région. (Par extension, cela permet également de savoir où l’objet a été fabriqué).

3- Distinction entre les gros et les petits ouvrages.

4- Création de nouveaux poinçons spécifiques aux objets importés

5- Les notions de « Bas-Titre » apparaissent.
Elles permettent de faire la distinction entre un objet en faible teneur en or et un objet avec un titre de plus de 50 % de ce métal précieux.

6- Cette loi apporte également la création d’un poinçon pour les boîtes de montre importées étant justement considérées à « Bas-Titre »

La loi fédérale de 1881 prendra fin en 1934

Note :

1881 est une date importante, car, au plan légal, elle entérine l’adoption de l’unité de mesure en millième.

Elle indique également l’apparition d’un poinçon dit de « Transition » qui sera employé jusqu’en 1883.

Exemples de poinçons 1881 – 1934

 

 

Réglementation des poinçons en 1934

Cette loi implique une nouvelle organisation et revoit la législation sur les ouvrages destinés au marché national, ceux destinés à l’exportation et ceux importés.
Elle détermine aussi les « Imitation » et les ouvrages à bas titre.
La distinction entre gros et petits objets est conservée.

Les cinq grands axes de cette loi :
1 – Elle détermine un bureau central pour le dépôt des poinçons de maître qui sera situé à Berne

2- Le poinçon de garantie reste obligatoire pour les boîtes de montre, mais devient facultatif pour les autres types d’objets

3 – Un poinçon dit de « Transition » sera en vigueur pour les objets fabriqués avant la mise en place de cette législation, mais ne répondant pas aux critères de cette nouvelle loi.

4- Un poinçon dit « Imitation » sera créé pour les objets en « plaqué » ou « doublé »

5- Les bureaux de contrôle de Delémont, Fleurier, Saint-Imier et Tramelan sont supprimés.

Exemples de poinçons 1934 – 1995

 

 

Membre fondateur de la Convention Internationale

Lors du Congrès de Vienne de 1975, la Suisse devient membre fondateur de la Convention Internationale sur les Métaux Précieux. D’ailleurs le secrétariat de cette convention est établi à Genève.

Mais ce n’est qu’au 1er août 1995, soit 20 ans plus tard, que seront apposés les poinçons conformes à cette législation.

1- Poinçon unique pour les quatre métaux précieux suivants : argent, or, platine, palladium

2- Ce même poinçon est apposé autant sur les bijoux, l’argenterie, l’horlogerie, etc.

3- Étant donné que ce poinçon est unique, la notion de petits et gros objets disparaît (seule la taille du poinçon diffère).

3- Reconnaissance du palladium comme étant un métal précieux

4- Création de nouveaux titres de pureté
– pour l’or 3
– pour le platine 3
– pour le palladium 3

5- Les ouvrages dit « multi-métaux » composés de métal précieux et de métal commun sont autorisés par cette loi
– Sous certaines conditions, la composition de ces objets pourra être indiquée.

6- Création de nouveaux poinçons de titre, respectant les consignes de la Convention Internationale
– 3 poinçons pour l’argent
– 5 poinçons pour l’or
– 4 poinçons pour le platine
– 3 poinçons pour le palladium

Note :

Les poinçons issus de la loi du 1er août 1995 sont actuellement en vigueur.

Exemple de poinçons depuis 1995

Poinçon suisse "Balance titre 925 millièmes" (argent)
Poinçon suisse “Balance” titre 925 millièmes. Apposé sur les objets en argent respectant cette pureté

Pour aller plus loin

Le plaqué, le simili, etc

Découvrir les règles sur le plaqué, le simili, les objets décoratifs et l’or alimentaire, applicables en Suisse.

Le löthige

Le carat

Consulter d’autres pays

Liens complémentaires

Encyclopédie Wikipédia (Suisse)

Encyclopédie Larousse (Suisse histoire)

Gouvernement Suisse