L’argenterie fourrée et les poinçons officiels

L’argenterie fourrée, concerne une technique utilisée en orfèvrerie. Elle ne remet pas en cause l’authenticité d’un objet, mais peut jouer sur sa valeur.

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Massif ou massif ?

Avant d’aller plus loin dans ce dossier, il est important de signaler qu’il y a deux interprétations possibles quant à la notion d’argent massif :
– La première consiste à indiquer que l’objet est bien en métal précieux, par exemple en argent 925 millièmes et qu’il ne s’agit pas de plaqué.
– La deuxième indique que l’objet est plein, c’est à dire non creux, et que l’ensemble de la masse de l’objet est constitué d’argent.

Note :

Lorsque vous analysez un objet ancien et ses poinçons, il est important de ne pas perdre de vue ces deux notions. En effet, cela fait bien souvent l’objet de confusion auprès des néophytes et même chez certains passionnés.

Cas de l’argenterie ancienne

Il est important de savoir que jusqu’au début du 20ème siècle (ou jusqu’au milieu du 20ème siècle, selon les pays), de nombreux objets en argent ont été fabriqués selon un principe qui consistait à recouvrir d’une coquille en argent des pièces constituées d’une sorte de résine.

Pour information, cette résine était produite à partir d’un mélange de cire, de sable, de plomb fondu, etc. Les proportions du mélange, ainsi que les matériaux, pouvaient varier selon les fabricants.

La coquille était en deux parties, l’ensemble étant relié par une soudure (le terme de « soudure » n’est pas approprié, il s’agit en faite d’une brasure à l’argent).

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Cela était souvent le cas dans le domaine de l’argenterie ancienne, notamment dans la fabrication de couverts (fourchettes, couteaux, cuillères, etc) mais aussi de nombreux autres objets, comme des bougeoirs.

Cela s’appelle de l’argent fourré. De nombreux pays autorisaient cette technique, entre autres la France, l’Angleterre, la Russie, etc.

Couteau français en argenterie fourrée
Couteau français en argenterie fourrée

Le premier avantage de cette méthode de fabrication d’objets en argent était bien évidemment la diminution du prix de revient. En effet, de tels objets coûtaient moins cher à fabriquer que s’ils étaient constitués entièrement d’argent plein.

Un autre avantage, non négligeable, était que la pièce constituant cette coquille était obtenue par fonte (ou moulage).

Sans trop rentrer dans les détails, il est aisé de comprendre qu’il était plus facile de faire appel à des pièces fondues plutôt que ciselées. En effet, la méthode de fonte permet d’obtenir un objet plus rapidement et d’accélérer sa production, et ainsi de diminuer également le prix de revient.

Note :

D’autres arguments peuvent être utilisés quant à l’emploi de cette technique, comme la souplesse de l’objet etc, mais cela n’est pas très crédible. Seule la diminution du coup de revient constituait la réelle motivation de créer des objets selon ce procédé.

Des poinçons officiels sur de l’argent fourré

Il se trouve que sur ce type d’argenterie il est tout à fait possible de trouver des poinçons officiels indiquant qu’il s’agit d’argent massif.

Bien que cela paraisse étonnant, il n’en est rien. En effet, la coquille servant à recouvrir la résine est bien en argent massif et non en métal argenté.

En effet, l’important à l’époque était le fait que le métal utilisé soit bien de l’argent et non pas un métal vulgaire.

Qu’il soit plein ou non n’était pas pris en compte.

De nombreux orfèvres réputés ont fait appel à cette technique, notamment la maison Christofle.

Comment reconnaître l’argenterie fourrée

Comme nous venons de le voir, la technique de l’argent fourré était notamment utilisée pour l’argenterie ancienne.

– Ainsi, la date de période d’apposition du poinçon apporte une première indication.

– Il est également important de savoir que tout l’objet n’est pas forcément en argent fourré, mais simplement une partie.

C’est d’ailleurs généralement le cas :
Prenons une cuillère en argent du 19ème siècle. Bien souvent, seul le manche est en argent fourré, alors que la partie en contact avec les aliments (la cuillère elle même) peut être en argent plein.

– Pour l’argenterie ancienne, si vous êtes en présence de couverts présentant des manches assez gros, de forme tubulaire ou ovoïde, alors il y a de forte chance que vous soyez en présence d’argent fourré.

– Si les décorations présentes sur le manche sont importantes, cela peut apporter une indication d’argent fourré.
En effet, nous avons vu plus haut que cette technique évitait de faire appel à un travail de ciseleur complexe. Du coup, elle permettait de faire des décors riches (souvent floral).

Note :

Nous ne le répéterons jamais assez, avant de vendre ou d’acheter un objet précieux : bijou (bague, boucles d’oreilles, bracelet, collier, pendentif, broche, médaille, bijou pour coiffure, etc.), horlogerie (montre, horloge, etc.), argenterie, (couverts, timbale, service à thé à café, plat, chandelier ou bougeoir, sculpture, etc), et même un stylo en or (voire un encrier), un briquet ou un cendrier, renseignez-vous. Glanez des informations sur des sites internet spécialisés, et faites examiner l’objet par au moins trois experts (bijoutiers, orfèvres, commissaires priseurs, collectionneurs, horlogers, numismates, etc).

Ce principe est également valable pour l’or d’investissement, comme les lingots ou les pièces anciennes.

L’influence de la valeur de l’argenterie en métal fourré

Au premier abord, on pourrait considérer que le prix de l’argenterie produite avec cette technique en serait influencé négativement.

Mais cela serait aller un peu vite !

En effet, si pour deux objets identiques, ayant les mêmes caractéristiques de rareté, de qualité de travail, d’usure, etc, l’objet en argent plein (massif) aura une plus grande valeur que l’objet en argent creux (fourré), il ne faut pas perdre de vue que chaque objet d’argenterie ancienne est un cas particulier et que cette technique était normale.

Il ne s’agit pas de faux (sauf cas exceptionnels).

De plus, ce sont des objets anciens, créés bien souvent par des orfèvres réputés.

La valeur de tels objets varie d’abord en fonction du nom de l’orfèvre, du style (car l’effet de mode n’est pas à négliger), de la période de fabrication, du lieu de fabrication, des possesseurs des objets (certains poinçons peuvent indiquer si l’objet était destiné à une cour royale) et enfin de la qualité intrinsèque de l’objet (usure, qualité des décors, etc).

A noter qu’il est souvent possible que ces objets soient cassés, dans ce cas, la valeur en est grandement affectée.

Le métal argenté (ou le plaqué argent)

L’argenterie en métal argenté donc, en plaqué argent, peut être une très bonne opportunité de s’équiper de belles pièces.

En effet, il est possible de trouver de nombreuses ménagères complètes (ensemble comprenant un service de couverts, fourchettes, couteaux, cuillères, etc) avec les mêmes décors que celles faites en argent massif (et/ou fourré) pour un prix très abordable.

Le revers de la médaille est qu’au bout d’un temps, l’usure fera disparaître la couche argentée et laissera visible le métal vulgaire.

Toutefois, bien que le plaqué argent n’ait pas une grande valeur, certains modèles peuvent atteindre des prix assez importants.

Comme toujours dans ce domaine, c’est l’exception qui fait la règle.

En effet, un objet en métal argenté, créé par un orfèvre réputé et pour un client qui l’est tout autant, est une pièce rare.

Par exemple : les couverts, en métal argenté, du style Art nouveau, créés par Christofle pour le restaurant Maxim’s peuvent atteindre une bonne valeur lors de ventes aux enchères.

Argenterie française Christofle "Art Nouveau" - Restaurant Maxim's
Argenterie française Christofle de style Art Nouveau créée pour le restaurant Maxim’s

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